Les Zazas

// ▼ « EXHIBITION » ▼ // 26.04 // GENEVIEVE VAN DER WIELEN / GRENOUILLE DE BENITIER //

LESZAZAS 22/09/2013 EXHIBITION Pas de commentaire
GABARIT_TEXTE

 

 

Geneviève était assise. Droite. Belle. Rebelle.

 

« Le figuratif a tendance à revenir. Les gens commencent peut-être à se lasser des aspirateurs peints en blanc».

 

Tout était dit.

 

Il est certaines personnes qui vous interpellent. Certaines personnes qu’il est préférable d’écouter plutôt que d’interrompre. Qu’elles soient leaders d’opinion, artistes, amants ou enseignants, ces rares rencontres enclenchent en nous l’étrange sentiment de fascination.

 

« J’ai toujours fait du nu. A l’époque, c’était mieux vu de faire des Fagnes. Toutes les galeries à la mode me jetaient. La nudité accroche le regard. Mais personne ne la mettra au dessus de sa cheminée. Ca reste un truc de chambre à coucher ».

 

Etant plus familier d’une “Mort à Venise” que d’une Colette et de son “Blé en herbe”, je ne pouvais expliquer mon attirance envers cette femme que par sa magnétique. Sa façon romanesque de me présenter quelques détails de sa vie.

 

« Un jour, je suis passée devant une galerie à Lyon. D’après ce que le propriétaire avait en magasin, je me suis dit que ma peinture pouvait lui convenir. Il exposait Jules Pascin, Marcel Hasquin. Du nu. Du figuratif. Quand j’ai présenté mes toiles, il m’a directement dit qu’il ne pourrait pas les mettre en vitrine m’expliquant que les oeuvres qu’il exposait représentaient les filles de bordel, les prostituées. Ma peinture, quant à elle, plaçait le public en déséquilibre parce qu’elle le représentait dans son quotidien».

 

A elle de continuer.

 

« Je ne peins pas les vieux. Les rides. Je fais des jeunes car, selon moi, toute notre construction vient de l’adolescence. Ce passage est tellement intense. Tout est grandi. Les injustices. Les blessures. Les enthousiasmes. Les idéaux. Le monde de l’enfance, juste avant cette période, n’est qu’une expérimentation du bien et du mal ».

 

Nous y étions. Un laps de temps d’une infinie perfidie nous distançait, nous séparait. Pourtant, quelle cruauté que d’infliger à une femme la croyance populaire selon laquelle son âge, contrairement à celui de l’homme, peut attaquer en quelque défaveur sa beauté, son magnétisme. Nulle femme n’est plus belle que plongée dans les replis du temps.

 

« Ma grand-mère avait un jardin. Avec ma bande, on y attrapait les grenouilles. On les tuait. Pour faire un enterrement. On dressait alors une chapelle dans un grand sapin creux. L’époque catho. On ne tuait pas la grenouille pour tuer la grenouille. On tuait la grenouille pour pouvoir utiliser le sapin. Il faut alors dire à l’enfant qu’on ne peut pas agir de la sorte. Car, pour lui, tuer la grenouille, ce n’est pas un problème. L’enfant est un prédateur grave. Sans moralité. C’est sa seule chance de survie. Manger les autres pour survivre ».

 

Des autres, comme chacun de nous, Geneviève et moi-même en avons mangés. Jusqu’à nous en faire péter le ventre. Jusqu’à ce qu’éclatent la grenouille et son bénitier.

 

Faisant de nous des proies. Des prédateurs. Des leaders. Des suiveurs.

 

De la vertu.

 

Les corps à nu.

 

 

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