Les Zazas

MUSIQUE / David Bowie – The Next Day / Au suivant

Certains pensaient que David Bowie s’était retiré, informellement, qu’il n’offrirait désormais plus son Glam rock, ce rock glamour qui a défini pour des décennies le chemin que beaucoup allaient prendre, qui a annoncé les codes poétiques que la pop devrait utiliser. Certains l’imaginaient mort, ou évadé sur l’île où résident aujourd’hui Michael Jackson, Elvis Presley et Bruce Lee. D’autres l’avaient déclaré malade, préférant finir sa vie loin des médias et laisser intacte l’image qu’il avait façonné tout au long de sa carrière, feignant l’immortalité qu’un tel mythe se réserve le droit de mériter. Mais le Thin White Duke a bel et bien su garder sa fringance de dandy pop et nous revient, après dix ans d’absence, avec un nouvel album, « The next day », qui s’annonce déjà culte.
Commençons par un aveux : à la rédaction des Zaza’s, nous avons certes souvent écouté David Bowie, nous l’avons chanté, nous nous sommes parfois même déguisés en Bowie, mais jamais nous ne l’avons personnellement mis au rend d’icône, comme l’artiste semble le mériter. Peut-être sommes nous passés à côté de cette égérie de la pop parce que nous n’avons simplement pas eu la chance de vivre durant les trente glorieuses de sa carrière, en même temps que ses fans acharnés, qui empilaient les cassettes audio, vynils et compact disc de l’artiste et affichaient un goût prononcé pour les justaucorps et les paillettes. Et pour cause, Bowie enfilait déjà ses collants sur les scènes londoniennes alors que nous n’avions même pas vu le jour.
La sortie de « The Next Day » est donc l’occasion pour Les Zaza’s de redécouvrir l’artiste et d’en apprendre davantage sur ses ascensions et ses chutes, pour finalement en arriver à vous donner un avis sur ce nouvel opus.

 

Space Oddity / Début d’une odyssée

 
« C’est un petit pas pour l’homme mais un bon de géant pour l’humanité. » Neil Amstrong, foulant le sol lunaire, prononçait ces mots en 1969. En écho à cette prouesse technique et humaine, Bowie composait « Space Oddity ». Le pionnier lunaire, par ses mots, semblait déjà sous-entendre qu’un génie de la pop allait révolutionner la musique.
Mais l’album, intitulé « Man of Words / Man of Music » aux Etats-unis et « David Bowie » en Angleterre, produit par Tony Visconti, avec qui Bowie va beaucoup travailler tout au long de sa carrière – sur « The Next Day » aussi, d’ailleurs – peine à s’assumer au milieu des Dylan, Beatles et autres Neil Young de l’époque. Ce n’est qu’en 1972, alors que Bowie triomphera avec « The rise and the fall of Ziggy Stardust », que l’album sera réédité sous le nom de « Space Oditty » et obtiendra la 17ème place du Uk Albums Chart, classement des meilleurs vente au Royaume-unis.

 

Glam rock / Un Rock éblouissant

Premier coup de génie médiatique, Bowie se travesti pour la pochette de « The man who sold the world » en 1971, l’album qui va confirmer l’efficacité de sa collaboration avec Visconti et qui va voir arriver le guitariste Mick Ronson, avec qui il travaillera sur huit albums. Cette opus définira le Glam rock : un rock incisif mais raffiné, spontané, dont l’excentricité de ses représentants est proportionnelle à leur élégance et où les références à la science-fiction sont légions.

 

Notons que cette pochette n’est pas sans évoquer les orientations sexuelles de l’artiste, dont il parlera volontier en 1972, annonçant sa bisexualité lors d’une interview accordée à la revue musicale anglaise Melody Maker.
1972 sera l’année de son explosion médiatique, devenant Ziggy Stardust, personnage central de l’album « The Rise and the Fall of Ziggy Stardust and the Spiders from Mars », incarnation humaine d’un message extra-terrestre d’amour et de paix délivré à une humanité qui n’a plus que cinq années à vivre.
Les Beatles et autres Led Zeppelin s’adressant dès lors à un public plus adultes, Ziggy Stardust – véritable alter-ego de David Bowie – conquiert un public d’adolescents, désabusé, qui sait aussi bien que l’artiste que la musique ne changera pas les choses. « The dream is over » comme chanterait l’autre. L’auditoire de Bowie trouve alors son bonheur dans l’insouciance, l’imaginaire et le fantasme que suscite l’univers de Ziggy Stardust.
Le 3 juillet 1973, Bowie tuera Ziggy sur la scène de l’Hammersmith Odeon juste avant de jouer « Rock’n'roll suicide ». Beaucoup croyait alors en la fin de la carrière de l’artiste. Il déclarera d’ailleurs « Non seulement ce concert est le dernier de la tournée, mais c’est aussi le dernier que nous ferons jamais ». Mais notre Dandy pop n’en est en fait qu’au début de sa carrière.
En 1974, après avoir produit Lou Reed et tenté de mixer « Raw Power » d’Iggy Pop and the Stooges – ce qui s’avérera être une catastrophe technique – Bowie sombre dans la cocaïne et la paranoïa. Il devient mégalomane et semble ne pas être en mesure d’assumer son succès. Autant qu’il a du mal à assumer la création de « Diamond dogs », projet dans lequel il s’est embarqué avec Rick Ronson, adapté du roman « 1984 ». Malheureusement, les ayant-droits d’Orwel refuseront la réalisation d’un tel projet. L’artiste perdra pied, mais Tony Visconti lui viendra en aide et sauvera l’album, que Bowie finira par beaucoup apprécier.

 

Esprit de Soul / Funk yourself

En 1975, Bowie arrive à Los Angeles. Alors à l’apogée de sa toxicomanie, il troquera la fantaisie des collants à paillettes de son personnage pour le caractère strict et austère du cabaret allemand de l’entre-deux-guerres. Sa musique prendra également un tout autre tournant puisqu’il se dirigera vers la musique nord-américaine : la soul et le funk. Ce revirement artistique sera fort bien accueilli puisque placera le single « Fame » – co-écrit avec John Lennon -, de l’album « Young American », en tête des charts américains. L’album présente un funk austère, une soul sans âme, néanmoins sensuelle, dénaturant dès lors la musique nord-américaine en lui ôtant subtilement ce groove qui la caractérise.

 

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C’est durant la même année que Bowie jouera dans « The man who fell to earth » de Nicolas Roeg. Il sortira d’ailleurs « Station to station » en 1976, bande originale avortée du film. C’est cet album qui voit naître le « Thin White Duke » (le maigre duc blanc), nouveau personnage de Bowie, empruntant sa classe à l’expressionnisme allemand dans ce que le courant a de plus élégant.
C’est à cette période que la vie de Bowie va dégringoler. Ses excès vont l’enfermer dans un délire mystico-totalitaire, provoquant la polémique en tenant des propos ambigus concernant le nazisme, notamment en comparant Hitler, « la première rock star », à Mick Jagger pour son art de la mise en scène et du maniement des foules. Il sombrera également dans un délire narcissique et schizophrène, se perdant dans les palettes des différents personnages qu’il aura incarné jusque lors.

 

« Ich habe die Nase voll ! » / La trilogie berlinoise

En 1976 Bowie, au bout du rouleau, décide de quitter Los Angeles pour s’installer à Berlin, alors en pleine effervescence artistique. Il passe du temps avec Iggy Pop, lui aussi dans un état peu enviable. De 1977 à 1979, l’artiste entrera dans une période de profonde remise en question et, par extension, de création, réalisant la trilogie « Low », « Heroes » et « Lodger » aux côtés de Brian Eno. Il s’inspire désormais du rock allemand de Kraftwerk ou encore de Neu !, perdant alors au passage la partie d’un public qu’il croyait acquis. Il abandonnera le costume prétentieux du « Thin White Duke » au profit d’un accoutrement faisant honneur à l’avant-garde européenne.
Intéressons-nous principalement à « ’Heroes’ », oeuvre majeure de l’artiste, à laquelle l’album « The Next Day », semble étroitement lié, et qui est le plus représentatif de la fameuse « Période berlinoise ».
Un jour d’été de 1977, Bowie est seul dans un studio de Berlin-Ouest, à quelques pas du mur de Berlin. Il se repose de ses trop longues journées de travail, se laissant aller à la rêverie, posant un regard distrait sur ce qu’il se passe à l’extérieur. Surplombant le mur de la honte et ses barbelés, symbole d’une Europe alors divisée, Bowie remarque Tony Visconti, son producteur, échangeant quelques baisers avec la choriste Antonia Maass, sa maîtresse. L’artiste sait depuis longtemps que le producteur trompe sa femme. Il n’a pas l’intention de le dénoncer, mais la scène qu’il a sous les yeux lui inspire une chanson. Il se munit de sa guitare, fredonne quelques paroles. Quelques mois plus tard sortira « Heroes ». L’album sera fort bien accueilli, la presse britannique n’hésitant pas à le mettre au rang d’album de l’année.

 

 

Ce qui fera de « Heroes » un si bon album réside dans le fait qu’il représentera un aboutissement pour l’artiste. Dans l’album précédent, « Low », Bowie et Eno avaient vainement tenté de mêler avant-garde synthétique et pop britannique, ce qui avait eu pour résultat de présenter un style hybride fragile, qui n’assumait totalement aucun des deux courants expérimentés. « Heroes » représentait quant à lui un style musical fondamentalement nouveau et précurseur, symbole d’une rupture dans la carrière de Bowie, associant avec brio la sensualité de la pop et le caractère austère de l’avant-garde synthétique.
La chanson éponyme de l’album, quant à elle, représente pour beaucoup la chanson la plus importante de la carrière de Bowie, celle qu’il faudrait choisir s’il fallait n’en retenir qu’une.
Robert Fripp – guitariste solo de l’album – s’associant à Brian Eno nous dépeint ici un paysage musical d’une rare intelligence. L’usage complexe du larsen de la guitare de Fripp, elle-même reliée au synthétiseur VCS3 de Eno qui module le son du guitariste à sa guise, donnera au morceau cette teneur mêlant drame et espoir qu’on lui connaît, teneur nécessaire à ce texte intemporel de Bowie, contant l’histoire de ces deux amants assumant leur passion interdite au pied d’un des bâtiments les plus représentatifs du désamour.

 

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Dansons / Les années 80

1980 marque une décennie de réussite pour Bowie. Notamment grâce au succès européen de l’album « Scary Monsters » mais aussi parce qu’il collaborera avec des artistes comme Queen, Madonna ou encore Michaël Jackson, artistes avec lesquels il contribuera à définir la pop des 80′s. En 1983, « Let’s dance » se vendra à 14 millions d’exemplaires et se placera deuxième hit de l’année derrière « Thriller » de Michaël Jackson. Il multipliera également ses rôles au cinéma, notamment en 1986 en jouant le rôle masculin principal, celui du Roi Jareth, dans « Labyrinth » de Jim Henson, film pour lequel il signera également une partie de la B.O. Bowie assume alors parfaitement l’éparpillement artistique que prendra sa carrière.

 

 

En 1987 sort « Never let me down », qui ne rencontrera malheureusement pas un énorme succès. Il s’essaiera alors à de nouvelles choses, en fondant le groupe « Tin machine », fortement inspiré du rock indépendant américain. Mais l’accueil du public et de la presse sera également fort mitigé. Bowie repart malgré tout sur de nouvelles bases, compose « Black Tie White Noise » en 1993, qui aura également du mal à convaincre. Ce n’est qu’avec la sortie en 1995 « 1. Outside », album complexe et audacieux concocté avec Brian Eno, que l’artiste convainc à nouveau ses fans. En 1997, sort « Earthling » hybride de rock parfois punk, jungle, techno et drum’n'bass enregistré avec Reeves Gabrels à New-York. Après « Heathen » en 2002, sort « Reality » en 2003, qui marque les retrouvailles avec Tony Visconti.
Pour des raisons de santé supposées, Bowie mettra sa carrière en suspend, s’isolera des médias et de son public jusqu’à ce 8 janvier 2013, jour de son 66ème anniversaire, où il annoncera la sortie de « The Next Day ».

 

The Next Day / Au suivant

Mardi 8 janvier 2013, les réseaux sociaux sont en émois, au bord de l’implosion. David Bowie, que beaucoup s’étaient résolus à ne plus jamais entendre, annonce la sortie le 26 février 2013 de son nouvel album « The Next Day », dont il avait tenu la création dans le secret le plus total. La démarche est merveilleusement orchestrée.
Tout commence par la présentation au public du clip de « Where are we now ? », réalisé par Tony Ousler.

 

 

Bowie y joue avec sa propre image, son propre mythe. Son visage, devenu icône, figé dans les esprits avec ce fard bleu et cette crinière rouge, est désormais d’un gris qui évoque les cendres d’une cigarette auto-consumée. Il est posé sur le corps d’une poupée de velours immobile, siamoise. Le second visage est celui de Jacqueline Humphries, compagne de Tony Ousler.
Le chanteur s’interroge, « Où en sommes-nous ? ». Regrets, mélancolie ? Il évoque Berlin et ses rues, d’une voix fragile, remémorant la période berlinoise, période majeure de sa carrière et de sa vie. « Sitting in the dschungel » / « Assis dans la jungle », semble être l’oxymore parfait pour décrire ce moment de son existence où il assistait passif à cette vie qu’il ne contrôlait plus. Notez que « The Dschungel » est en fait une discothèque berlinoise.
Le clip est entrecoupé d’images du mur de Berlin. Le message semble dès lors avoir plusieurs niveaux de lecture : l’auteur s’interroge sur cette vie qu’il a mené, dont la période berlinoise a été un moment phare lui octroyant les doutes existentiels nécessaires à l’évolution d’un individu. Bien que la mélancolie se lise dans son regard mydriatique, Bowie semble serein, désormais en accord avec lui-même et cette image qu’il réduit ici à ce qu’elle a de moins complexe. Mais l’on pourrait également envisager que le duc s’interroge sur l’état actuel des choses, au niveau social. Depuis la chute du mur de la honte, qu’il a tant côtoyé, où en sommes-nous ? Ce symbole honteux qui divisait les peuples fut détruit, certes, mais n’avons-nous simplement pas fait pire ? Après avoir prétendument appris de nos erreurs, où en sommes-nous ?
Comme s’il fallait confirmer, où qu’il se le confirme, que l’album est en lien direct avec cette période berlinoise, la pochette est un détournement de celle de « Heroes ». Jugez par vous-même.

 

 

La veille de la sortie de l’album, nouveau coup de maître, Bowie sort un second clip « The star (are out tonight) », réalisé cette fois par Floria Sigismondi.

 

 

On retrouve la star dans son propre rôle en compagnie de Tilda Swinton, interprétant sa compagne. Le couple est ici représenté dans ce qu’il a de plus simple, mais les démons de la notoriété les empêches de vivre cette simplicité convoitée. David Bowie est hanté par sa propre carrière. Il remet ici en question, non sans une touche d’humour, la notion d’image et du pouvoir de celle-ci, qui l’a autant fasciné qu’effrayé et détruit tout au long de son existence. Il semble blasé et désabusé par ces choses qui l’habitent depuis longtemps.
Encore une fois, pochette à l’appui, le duc semble tout remettre en question, regretter, vouloir effacer un passé qu’il ne maîtrise plus, un passé qu’il n’aurait peut-être pas voulu vivre. Mais il le sait, « Stars never sleeping ». C’est peut-être en partant de ce constat que Bowie fait un trait sur le passé, pour mieux redémarrer.
L’album en lui-même n’a certes rien de surprenant. On connaissait Bowie comme un précurseur, comme pionnier de mouvements musicaux, expérimentateur de nouvelles techniques. Et pour un opus qui porte le titre « The next day » / « Le jour suivant », on osait espérer de l’artiste qu’il franchisse, comme il l’a souvent fait, les portes du lendemain de la musique. Mais ce qu’il fait ici, c’est rejouer avec ce que sa carrière à connu de mieux. Mais il le fait fort bien. Nous avons ici affaire à à du grand Bowie.
L’album mêle énergie et mélancolie, les guitares se mélangeant aux sons synthétiques des claviers. Les ambiances sont merveilleusement dessinées et les arrangements d’une rare finesse. Rien de nouveau pour Bowie, direz-vous, mais l’artiste ne jouerait-il pas à nouveau avec son image ? Car le musicien semble effectivement revisiter tour à tour les périodes marquantes de sa carrière.
La mélancolie d’un titre comme « Where are we now ? », n’est pas sans évoquer celle de « Space Oddity », par exemple. Le glamour de « Valentine’s day », sophistiqué et énergique, quant à lui, est un clin d’œil évident à ce courant dont il a été l’un des fondateurs, le Glam Rock. L’aspect glacial de « Dirty boys » renverra assurément les fans à la période où le duc à reconstruit le funk. L’album entier est une auto-parodie au sens le plus noble que le terme peut revêtir. Nous aimerions vous dire que si vous ne connaissez pas encore Bowie, vous pourriez commencer votre découverte par cet album, mais évitons de recevoir les foudres des fans les plus avérés.
Certes Bowie n’a pas ici révolutionné l’histoire de la musique, comme il l’a parfois fait. Il n’a certes pas non plus révolutionné sa propre musique. Mais était-ce ce que l’on devait attendre de ce prince de la pop, de ce roi du Glam Rock ? Le duc avait-il encore quelque chose à prouver ? Bien avant ce nouvel album, David Bowie avait d’ores et déjà bouleversé la musique, il avait déjà accompli bien plus que ce que l’on pouvait attendre d’un artiste, bien plus que ce que d’autres feront après lui. Difficile de dire si l’artiste à l’intention de clôturer sa carrière avec ce nouvel album ou s’il s’agit d’un nouveau départ, mais il était tout à fait légitime de la part de cette icône, victime de sa propre réussite, de faire une rétrospection sur ces nombreuses années durant lesquelles il s’est vu contraint de porter les poids qu’il s’était lui-même mis sur les épaules.
C’est chose réussie, « The Next Day » semble bel et bien servir à David Bowie de prisme à travers lequel il pourra se regarder, voire se contempler, constater le caractère éternel et intemporel de sa musique, tout comme le public, nouveau ou ancien, qui pourra redécouvrir un David Bowie fidèle à lui-même, à son public, à sa musique, ne plongeant pas dans la démagogie musicale, piège dans lequel sont tombés bien trop d’artistes actuels.
CREDITS ARTICLE / Auteur : Julien Hockers

 

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1 Comment

  1. Divine Necromancy 08/02/2014 at 20:35

    correction : petite faute dans votre article :) ce n’est pas SEWER qui a produit l’album satanique DIVINE NECROMANCY mais le groupe de black grind Phantom ,
    Divine Necromancy http://h2fr.weebly.com

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