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.DOC / L’obsolescence programmée: l’idée du siècle

Alors que vous êtes dans les transports en commun avec les écouteurs de votre Ipod solidement fixés à vos oreilles afin d’éviter d’entendre les braillements de l’enfant assis juste en face de vous, votre lecteur mp3 se coupe. Vous êtes étonné car vous l’avez fait chargé toute la nuit. Vous tentez de le rallumer à plusieurs reprises, vous vérifiez si le verrouillage n’est pas activé, vous essayez une ultime fois d’appuyer sur tous les boutons, mais en vain. Vous êtes désormais contraint de supporter les cris du mioche qui se demande pourquoi sa génitrice lui porte si peu d’attention. Vous êtes une nouvelle victime de l’obsolescence programmée.
L’obsolescence programmée est une des solutions qu’ont trouvé les industries pour répondre aux exigences de l’économie de croissance. C’est simple : dans un tel système, si le consommateur n’achète plus, il n’y a plus de croissance. Et lorsqu’il n’y a plus de croissance dans une société régie par une telle économie, « c’est catastrophique ». Les fabricants ont alors trouvé une solution simple et efficace: programmer leur produit de manière à ce qu’ils soient obsolètes au terme d’une durée d’utilisation définie afin que vous achetiez à nouveau le produit en question. Et cette manière de faire ne date pas d’hier. Cela dit, depuis une dizaine d’années, de nouveaux types de consommateurs ont vu le jour: ceux qui ont décidé de pallier à ce système. Cosima Dannoritzer, réalisatrice allemande, a suivi ces révolutionnaires et nous présente cette face cachée du système industriel dans un documentaire intitulé « Prêt à jeter – L’obsolescence programmée ».
Le documentaire introduit la problématique par une situation qui semble se produire tous les jours partout dans le monde: une imprimante cesse de fonctionner sans crier gare. La raison est simple : une pièce de la machine ne fonctionne plus. L’usager est alors dirigé vers le service après-vente. Marcos – un des utilisateurs suivis par l’équipe de tournage – se rend dans divers magasins dans l’espoir de faire réparer son imprimante ou d’acheter la pièce de remplacement nécessaire. Mais tous les vendeurs en arrivent à la même conclusion: pour des raisons qui semblent évidentes à leurs yeux, il est préférable que Marcos rachète une nouvelle imprimante. Marcos est contraint de rentrer dans le jeu de l’obsolescence programmée.
Le film nous apprend comment, depuis les années 1920, ce mode de fonctionnement régit notre vie de tous les jours, comment les industriels se sont vus contraints de définir de nouveaux impératifs industriels et économiques et dans quelles mesures ils ont été habilités à renouveler totalement le mode de fonctionnement de l’offre et de la demande. Tout a commencé avec les ampoules. Ce produit aussi simple qu’utile a en effet été le premier dont la fabrication a dû être revue dans la perspective de l’obsolescence programmée. Une soirée d’hiver 1926, un cartel du nom de Phoebus lance un projet secret : celui de contrôler la production des ampoules à incandescence à travers le monde afin de se partager les bénéfices du marché. En ce sens, la première stratégie à adopter était de contrôler l’attitude du consommateur. Il fallait que ce dernier achète régulièrement des ampoules. Il était alors nécessaire de diminuer l’espérance de vie du produit. Phoebus décida donc de réduire la durée de vie des ampoules à 1000 heures. Sachez que la première ampoule créée par Thomas Edison avait une durée de vie de 1500 heures. Dans les années 1940, les objectifs du car-tel avaient été atteints : la durée de vie d’une ampoule était limitée à 1000 heures.
Cela dit, à Livermore en Californie, il reste une trace palpable de l’ère pré-obsolescence programmée. Une caserne de pompiers abrite ce qui semble être la plus vieille ampoule du monde, un comité a même été fondé en son honneur. Elle brille sans interruption depuis 1901. Un site internet diffuse en continu les images de l’ampoule filmée par une webcam. Pour l’anecdote, au moment du reportage, l’ampoule avait déjà survécu à deux webcams.
Le concept ne s’est pas arrêté aux petits biens de consommation, loin de là.
Ce documentaire vous montrera l’ampleur de cette méthode et comment le projet de Phoebus influe sur notre société au quotidien mais également comment, par la production de déchets qu’il engendre, il mène à une catastrophe humanitaire et environnementale . Vous prendrez conscience d’un des rouages de notre système économique.
Voir le documentaire:
CREDITS ARTICLE / Auteur: Julien Hockers

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1 Comment

  1. PhilCa 16/02/2013 at 18:26

    La problématique de l’obsolescence programmée est sans frontières.
    Je vous recommande de voir le film « prêt à jeter » de Cosima Dannoritzer » qui a servi de support à un Ciné-Forum que mon association à but non lucratif a organisé fin Janvier dans le sud de la France et qui a rencontré un grand succès avec 250 participants.
    Dans ce contexte nous avons lancé une pétition pour un « Principe de réparation » qui s’adresse aux parlementaires français et européens.
    Elle a recueilli le soir même 92 signatures et en reçoit en moyenne 50 par semaine depuis.
    Intéressé(e) ? vous pouvez aller voir tout ça sur le site http://ethicum.org/ethilab et signer la pétition et/ou nous apporter votre point de vue en direct.
    Merci.

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